PRINCE & 3RDEYEGIRL-MAY

Je vous avais vendu mes larmes sur mon dernier post en vous disant combien j'aimerais être de ceux et de celles qui seraient présents à un de ses concerts, et voilà que le démon m'a pris pour tout plaquer et partir... pour Antwerpen, Anvers en Belgique, le 27 mai dernier, voir Prince in LIVE.

 C'est vrai que cela fait un bon six mois que sa majesté nous tease avec ces rocambolesques dates de concert à Londres, et qu'il nous met l'eau à la bouche en nous donnant quelques brefs aperçus sur son twitter j'ai nommé 3RDEYEGIRL et qu'il persiste et signe en annonçant de nouvelles dates soit d'avance ou à la dernière minute. 

 Le 1er juin dernier, Prince est venu à Paris pour deux concerts exceptionnels au Zénith, la critique n'a pas ensancé le trio féminin qu'il l'accompagnait et à tort, mais je suppose qu'ils sont plus enclin à plébisciter les niaiseries comme la variété française ou les moultes comédies musicales qui vendront leurs articles. C'est sûr que nous n'avons pas de réelles pointures chez nous à pouvoir comparer à Prince, ni même à ses trois drôles de dame ...

 Les musiciennes qui composent les 3rdeyesgirls sont des artistes au talent ascendant Hannah Ford à la batterie et Donna Grantis à la guitare, Ida Nielsen, bassiste qui a déjà accompagnée Prince, elle est présente sur la scène du grand journal de canal plus le 27/6/2011, et c'est tout ce qui compte pour le "Maître", c'est pour cela qu'il les a choisies au grand dam de certains qui restent nostalgiques du passé, elles sont énergiques et douées. 

Prince n'a pas oublié le NPG, ni ses musiciens, il joue quand il veut avec eux, et ou il veut. Il a donc pas besoin de prouver à qui que ce soit qu'il sait s'entourer de "bons musiciens", c'est un artiste avant tout, il est là pour faire de la musique, construire, vivre des moments exceptionnels avec son public, il veut les faire danser, bouger, vibrer. Et le pari est réussi quelque soit les musiciens qu'il choisit.

Une marée humaine se tient à la sortie du métro, le palais des sports d'Anvers, est juste là devant moi derrière les centaines de personnes qui attendent déjà, je crois qu'il est de bonne heure, peut-être 18h40, mais j'en sais trop rien, je ne porte jamais de montre, à quoi cela servirait-il ?

Les portes ne sont pas encore ouvertes, je distingue une marée humaine, et chacun porte discrètement quelque chose de violet. Prince a donné un mot d'ordre pour cette soirée et ses fans belges ont choisis de lui faire plaisir en arborant, mais d'une façon discrète, soit un foulard, une veste ou une écharpe de la couleur fétiche du chanteur. Les plus hardis, les plus jeunes aussi, secouent leurs cheveux pailletés de violet et commencent la fête dans les rangs. Le public a en grande partie mon âge et plus... c'est vrai que Prince a accompagné pour la plupart notre adolescence, et il forme un public agréable, heureux d'être là, une chose est sûre, tout le monde est content de venir voir ou revoir The Purple Yoda, car comme chacun d'entre nous, nous avons vieilli avec lui.

Les portes s'ouvrent, une clameur monte, je renonce à mon hamburger à la saucisse et au ketchup pris au marchand du coin. Non décidément, c'est tout ce que j'aurai à reprocher à la Belgique ce soir... 

Je  m'engouffre dans un grand hall déjà bondé, Prince s'affiche sous toutes les formes : affiches, mugs, tee-shirts. Ca y est cette fois, j'y suis !!!

J'ai renoncé à prendre mon portable pour passer la sécurité, ridicule, car je verrais plus tard que Personne n'a suivi les consignes, je suis certainement trop vieux jeu, j'entends encore mes enfants me dire "Maman, t'es sûre que tu veux partir tout seule là-bas, tu connais personne..." Il me ressorte la vieille blague "des campings cars" que je leur sors pour qu'ils ne s'aventurent pas trop prés des voitures quand ils sont seuls. Cela me fait sourire. 

Je demande mon chemin, c'est simple, suivre les couleurs et monter. J'accède au gradin et j'entre dans la magnifique arène ou chacun commence à prendre sa place.

Le ballet va durer certainement une bonne heure, je ne m'ennuie pas, j’attends.

La scène est bien en vue de tout le monde, cachée derrière un long écran qui présente une image d'aquarium, apaisante. Tout est là pour dire que dans peu de temps, Prince se tiendra là, devant cette marée humaine et j'en ferais partie.

Le stade se remplit à une vitesse vertigineuse, la foule se masse dans la fosse, et encore dans les gradins, la sono résonne doucement puis un peu plus fort, je connais un air que j'apprécie Green Garden de Laura MVULA, puis deux titres de Prince s'enchaineront Funk and roll, je crois, mais surtout le fameux The Breakdown, qui commence à faire réagir la foule.

Les lumières du stade vont soudain s'allumer et s'éteindre plusieurs fois, taquinant le public jusqu'à le faire hurler de plaisir jusqu'à ce que la voix grave de Prince résonne. Le public est déjà en transe, oui décidément la Belgique est prête pour Prince, ce soir.

Cela commence avec le virulent Let's Go Crazy, repris en cœur par la foule. Le groupe se déchaine, c'est furieux, tonique. Prince est fabuleux, autant en plaçant sa voix plus mature dans chacune de ses paroles qu'il maîtrise à la perfection (30 ans de carrière quand même), autant qu'il l'est avec sa guitare puissante et exceptionnelle. Oui, il était extraordinaire : il est devenu exceptionnel et, le palais des sports est en transe !

Les titres s'enchaineront tout feu tout flamme, il faut se rendre à l'évidence, la Belgique aime Prince et elle lui prouve en reprenant ses titres à tue-tête. Le Kid de Minneapolis exulte, et s'amuse en demandant à la foule de reprendre ses paroles mais cela ne s'arrête pas à cela, alors qu'il harangue la foule pour la faire bouger, danser, chanter, il y ajoute une part de son génie en plaçant de somptueux solos sur chacun de ses morceaux les rendant à sa manière unique et exceptionnel.

La foule ne retient plus son souffle, elle exulte, c'est une marée humaine de mains qui s'élèvent, de corps qui frétillent, de gens qui dansent et qui chantent à l'unisson. Même si de mon côté les gens sont un peu coincés sur leurs sièges, que je regrette de n'être pas noyée dans la masse des gens placé en bas dans la fosse, les tribunes tremblent sous mes pieds. Mon cœur se met à battre plus fort, Prince nous renvoie plein face une détonation énergétique puissante de ce qu'il est, une énorme star, une légende vivante.

Les flashes des Smartphones me rappellent que je suis la seule qui ait suivie les consignes, personne ne se prive de voler un morceau de musique, ou une image, le kid lui-même appelle au blasphème en autorisant le public à se prendre en photo ! Faut savoir ce qu'il veut !

Mais quand aux accents de 1999 puis de Purple rain, le palais des Sports s'illuminent de milliers de lumières blanches éparses qui brillent dans les gradins, je dois dire que mon dernier souvenir des briquets qui s'allument ne ressemblent à rien à cela, des milliers d'étoiles pour rendre hommage à une étoile, la magie du millénaire s'installe magnifiquement pour saluer son Prince sous une pluie violette. 

Prince, l'incomparable génie de la musique, qui passe d'un instrument à l'autre sans fausses notes, se glisse maintenant au piano et entame une version magique de "How Come U don't call me anymore" puissante et magique puis un "Diamonds and Pearls" étourdissant. La perle de la soirée sera certainement cette version époustouflante de "The beautiful ones" : Prince nous livre un cadeau magique tant par sa sensibilité extrême, il fait corps avec sa musique et nous livre un instant de communion exceptionnel qu'il est un des rares artistes à nous donner. Le public a vibré avec lui jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il quitte la scène en courant, nous laissant à bout de souffle. 

Est-ce que je regrette de ne pas avoir attendu ses dates françaises pour partir le voir ? Certainement pas, le concert d'Anvers était exceptionnel, comme tout ces concerts en fait, car l'homme est généreux avec son public et aimant.

Cela a été une avalanche de titres et de moments exceptionnels. Les quatre encore suivants seront magiques, Prince sait se faire désirer, l'apanage des plus grands et le tout servi dans une avalanche de sons, d'images, et de lumières.

La soirée se termine là, par un "What's my name" provocateur, tout à l'image de celui qui a marqué ses trente dernières années par une carrière extraordinaire. D'aucun chercheront à critiquer l'un ou l'autre de ses albums en cherchant à les comparer entre eux, en oubliant le génie créateur dont il a fait preuve jusque là sans oublier toutes les chansons qu'il a écrite pour ses protégés. 

Non, il n'y pas à débattre sur son talent, il est inimitable, Prince est inimitable, il est unique dans son genre, et il le dit lui-même. La planète n'a donc pas intérêt à bouder un artiste si talentueux et magistral tant par sa variété artistique, que par sa capacité à se transformer pour amener la musique à lui au risque de passer à côté de "L'artiste des trois dernières décennies".

En même temps, l'avenir est encore à lui, Prince n'a pas dit son dernier mot, jamais à court d'idées, il se sert avec maestria des outils médiatiques en vogue : twitter et facebook ou il tient son public en haleine de ses prochaines dates de concert ou de l'annonce de son prochain album normalement intitulé "Plectrum Electrum".

Alors que faites-vous pour les millions d'années à venir ?